| | Bonjour,
Même si l'on regrette l'utilisation de mots anglais (ou semblant l'être... comme "parking" et "camping") dans la langue française, ce n'est pas une menace bien terrible. Pour ceux qui en doutent, la lecture de Parlez-vous franglais ? d'Étiemble remet les pendules à l'heure. La quasi-totalité du vocabulaire et des expressions anglophones ou pseudo-anglophones qu'il y recensait ont tout simplement disparu de la circulation et on n'en garde même plus le souvenir ! La mode a ceci de bon qu'elle est éphémère...
L'usage généralisé de l'anglais dans la chanson est plus ennuyeux. D'une part c'est tout un pan de l'expression qui disparaît. Le peuple est maintenant sans voix et cela arrange bien les affaires des puissants que l'on ne chante plus nos colères. D'autre part c'est l'imaginaire des jeunes qui s'en trouve transformé : il n'a plus de langue pour s'exprimer. Il suffit de lire les textes de chansons en anglais de nos compatriotes pour en mesurer la petitesse minusculissime. Tout ennuyeux qu'il soit, c'est là un point qui peut très vite changer. N'oublions pas que la mode est éphémère...
Beaucoup plus sérieux à mes yeux est la progression de l'anglais en France comme langue de distinction. On parle anglais pour se distinguer de la masse qui jargonne un "local dialect". [Cette locution anglophone pour définir toute langue autre que l'anglais me laisse toujours pantois.] Et qui parle ainsi anglais ? Une élite riche et puissante. On retrouve ici notre histoire qui a ainsi fait disparaître les langues régionales au profit de la langue, non de l'Île-de-France, mais de la cour puis des beaux quartiers de Paris. Une langue châtrée chaque jour où il n'est pas permis d'user de tournures utilisées par tout un chacun dans la vie privée. Où l'on doit écrire "mêler dans une jatte" ce qui se traduit par "touiller dans un saladier". Cette invasion de l'anglais dans les classes possédantes, comme signe de distinction, me semble infiniment plus inquiétante que les deux autres points notés ci-dessus. J'ai l'impression que l'histoire va se répéter. Histoire qui a vu l'occitan être regardé comme un "patois" alors que c'est une langue écrite des siècles avant le français, la langue de la poésie des troubadours, la langue qui a créé le mot amour.
L'anglais sera-t-il le fossoyeur du français ? Cette progression de l'anglais au sein des classes possédantes en France intervient alors que l'anglais voit sa stature internationale fortement remise en cause, par l'espagnol dans le monde occidental y compris aux États-Unis, mais aussi par le chinois, le turc et l'arabe.
Hubert
|